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Slug: lettre-ouverte Title: Lettre ouverte d'un citoyen qui s'espère normal Category: Mon avis sur tout (et surtout mon avis) Tags: société, politique, opinion, benalla, sénat Date: 2019-01-17 10:00 Summary: Image: /images/passport.jpg Lang: fr Status: draft


Je précise d'emblée qu'il n'y a aucun jugement dans le terme "normal" que j'emploie dans le 1er sens donné par le dictionnaire : "Qui est conforme à la norme, à l'état le plus fréquent, habituel; qui est dépourvu de tout caractère exceptionnel"


Chers tous,

Je ne sais pas vous, mais moi, ça ne va pas forcément très fort en ce moment. Et cela n'est pas dû à l'un de ces divers aléas propres à la vie et à l'expérience de chacun, qu'une élémentaire pudeur nous conduit à les partager avec nos seuls proches.

Non, c'est plutôt une question de climat ; pas de climat au sens scientifique, encore qu'il y aurait énormément à en dire, et l'inaction généralisée face à cette question participe aussi grandement à mon malaise. Je parle plutôt du climat politique qui règne en France, qui, pour reprendre une métaphore météorologique, s'assombrit de jour en jour, sans que l'on ne semble en percevoir la fin.

Puisqu'il est question de politique, je me sens presque obligé de commencer par me situer sur l'échiquier politique, quand bien même je trouve cette simple notion absurde. Car, ayant acquis le droit de vote en 2003, je ne me suis jamais retrouvé dans aucun des discours portés par un des mouvements en position de l'emporter, et j'ai toujours voté par défaut. En 2017, j'ai tout de suite perçu chez notre désormais président et ceux qui l'entourent (par une grande clairvoyance ou, plus vraisemblablement, par quelques préjugés qui se sont avérés justifiés) tout ce qui se cachait derrière un discours travaillé à l'extrême, plein de grandes formules vides entendues mille fois en politique comme en entreprise. Et si j'ai voté pour la France Insoumise, c'était toujours par défaut, et avec l'espoir que les quelques bonnes idées portées par le mouvement (une nouvelle Constitution, notamment) seraient représentées plutôt par des personnes disposées au dialogue que pétries d'idéologie ; l'évolution de la FI depuis mai 2017 et le dogmatisme imbécile de certains de ses membres proéminents m'en a plutôt détourné.

Puisque l'action citoyenne est très loin de se limiter au seul vote, je précise aussi que je n'ai jamais non plus été militant, membre d'une association, parti politique, syndicat ... Je n'ai a priori rien contre ceux qui prennent cette voie, mais je ne l'ai pas choisie jusque là. Je me contente d'observer ce qui se déroule autour de moi, je m'interroge sans cesse, et je ne me prive pas de soutenir et d'exprimer lors de discussions privées les rares opinions et valeurs pour lesquelles je me sens légitime de le faire ; mais l'ouverture au dialogue, l'empathie, et la disposition à faire évoluer son avis selon les éléments qu'on nous présente me semblent des éléments essentiels pour la vie en société. Et si, par la force des choses, la plupart de mes amis partagent globalement les mêmes opinions que moi, je ne suis fermé au dialogue avec personne, quelles que soient les idées exprimées.

Mais il y a une qualité que l'on retrouve peu chez ceux qui sont très engagés dans la défense d'une cause ou de leurs propres intérêts, et cela peut d'ailleurs tout aussi bien être un calcul stratégique qu'une honnête erreur de leur part. Il s'agit de la cohérence, une autre vertu qui me semble absolument indispensable à la vie en société. Car comment discuter avec quelqu'un dont les opinions ne sont pas cohérentes entre elles ? Et comment vivre avec quelqu'un dont les actions ne sont pas cohérentes par rapport à ses propos ou ses idées ? Nous avons tous notre part d'incohérence, chacun à notre échelle et à des degrés divers. Le cerveau humain n'est en effet pas vraiment disposé à la pure rationnalité, et la perspective de vivre entouré d'êtres robotiques aux comportements et idées parfaitement prévisibles est plus terrifiante qu'autre chose. Aussi, si la cohérence est nécessaire, elle ne peut être absolue, et cela nous conduit à parfois changer d'avis, faire des erreurs, ou s'accomoder comme on peut d'une situation qui nous déplaît en fait profondément, parce qu'on apprécie son petit confort, parce qu'on ne peut être toujours dans la lutte. Mais alors faut-il réussir à le reconnaître pour soi-même, ou pouvoir le pointer chez l'autre sans provoquer des réactions épidermiques.

Et, après une longue digression qui n'étonnera pas ceux qui me connaissent, nous voilà arrivés au coeur du sujet. Car je crois que c'est là la source de mon malaise : le manque de cohérence de la plupart des acteurs de notre société, doublé de leur incapacité à reconnaître les erreurs qu'ils ne manqueront pas de faire.