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New draft on functional stupidity 1

theenglishway@shineon 7 years ago
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+Slug: functional-stupidity-1
+Title: La stupidité fonctionnelle (1)
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+Tags:
+Date: 2018-08-27
+Summary: ... ou comment nos environnements de travail nous poussent à la stupidité
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+Lang: en
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+Slug: functional-stupidity-1
+Title: La stupidité fonctionnelle (1)
+Category: Au coin du feu
+Tags: organisation, meta, société, entreprise, functional stupidity
+Date: 2018-09-01 22:00
+Summary: ... ou comment nos environnements de travail nous poussent à la stupidité
+Image: /images/stupidity-paradox.jpg
+Lang: fr
+Status: draft
+
+---
+
+Le premier chapitre est consacré au **déboulonnage d'un mythe**, celui qui veut
+que nos sociétés sont bien plus intelligentes en ce début de 21e siècle
+qu'elles ne l'etaient au sortir de la 2e Guerre Mondiale. Il s'incarne tout
+particulièrement dans l'expression "**_travailleur de la connaissance_**", forgée
+à la fin des années 50 par Peter Drucker, professeur en management ; une telle
+catégorie de travailleurs ne pouvait selon lui qu'émerger en réponse au décalage
+croissant entre le niveau d'études et la réalité du marché du travail d'alors,
+consistant majoritairement d'emplois peu qualifiés.
+
+Il ne fut pas le seul à faire ce constat, qui s'imposa chez une
+grande partie des observateurs, quelle que soit leur tendance, **des libéraux
+aux marxistes**, au point de devenir presque un dogme ; après avoir eu pour
+origine la terre et le capital, **le pouvoir viendrait désormais de la maîtrise
+de l'information**. Une économie "post-industrielle" allait s'imposer, et elles
+bouleverserait les structures même de la société. L'OCDE elle-même, préoccupée
+dès le milieu des années 90 par le constat de la
+désindustrialisation des pays occidents, proposa une réponse inspirée de ces
+croyances : l'avenir serait à l'informatique et les services, et pour y parvenir
+il était impératif d'**améliorer globalement le niveau de formation des
+populations**. Il semble difficile de s'opposer à une telle décision, mais
+sa traduction en pratique a-t-elle été aussi positive que l'on pourrait le
+penser a priori ?
+
+Un premier constat est que **l'augmentation du nombre d'étudiants ne traduit en
+rien une augmentation de l'intelligence de la société** ; une bonne partie des
+étudiants voient leurs capacités cognitives et leur faculté à analyser des
+problèmes BAISSER au cours de leur cursus. De nombreux cursus qui ne demandaient
+auparavant pas la moindre formation se voient désormais gratifiés de diplômes
+de haut niveau : bar-tending, administration de spa, etc. L'**éducation de masse**
+a pris le relais d'une éducation jadis plus sélective, et malgré leurs diplômes
+ronflants, beaucoup d'étudiants restent distraits, naïfs, et prompts à accepter
+n'importe quel discours dès lors qu'il est suffisamment bien présenté.
+
+L'augmentation des budgets de la recherche n'est
+pas non plus un indicateur très sûr de sa qualité ;
+le nombre d'articles scientifiques a certes explosé, mais beaucoup sont
+inutiles, la plupart sont redondants, et ils sont aussi peu vus et
+peu lus. D'ailleurs, dans la plupart des domaines - et en particulier
+l'informatique, pourtant extrêmement actif -, **peu d'avancées fondamentales
+ont eu lieu depuis les années 70/80**. Internet, à la base développé pour
+faciliter l'échange d'informations et de connaissances dans le milieu
+scientifique, est quant à lui devenu **plus une source de distraction que de
+savoir**.
+
+De manière générale, l'innovation semble
+s'être ralentie : là où il avait fallu **5 ans dans les années 60 pour développer
+le Boeing 747**, pourtant une évolution majeure en tous points par rapport aux
+modèles précédents, **la conception de l'Airbus A380 a pris ... 15 ans** !
+
+Ce mythe de la connaissance semble se retrouver quelle que soit l'échelle à
+laquelle on examine le problème. Pour la plupart des entreprises, même celles
+qui exercent
+dans un domaine réputé intellectuel, il est assez difficile de **pointer une
+véritable plus-value** ou de **mesurer un degré d'expertise** ; leur cœur de métier
+permet souvent un certain flou artistique, à l'inverse d'activités plus
+tangibles où le jugement peut s'exercer facilement (un garagiste arrive ou
+n'arrive pas à réparer une voiture, un menuisier produit ou ne produit pas un
+meuble). Même lorsque le domaine de l'activité de l'entreprise est reconnu
+comme pointu, **la plus grande part du travail qui s'y fait est assez routinier**,
+et il est très rare d'avoir à pousser les meilleurs employés à leurs limites ; le
+véritable avantage d'une société consiste souvent en sa "**force de frappe**",
+sa capacité à
+mobiliser rapidement des troupes. Dans le domaine du conseil, qui a explosé
+ces dernières décennies, les experts interviennent généralement très
+peu, et **le plus gros du travail est fait par de nouveaux diplomés** ; leur avis
+a d'ailleurs le plus souvent un effet placebo sur l'entreprise cliente, qui
+cherche plutôt à être rassurée dans ses choix que la vérité brute. Dans
+l'ensemble, la plus grosse part du temps est consacrée à **travailler l'image
+innovante de l'entreprise** plutôt que la développer effectivement ; ce qui a
+aussi un effet valorisant pour les employés, convaincus de participer à une
+"mission" d'importance. Parfois, ce désir "d'excellence" se manifeste de
+**manière bien plus brutale**, comme chez Amazon où l'on revendique l'application
+de principes de sélection darwinienne ; seuls les plus "forts" résistent au
+niveau extrême de pression exercé, et le turnover particulièrement élevé y est
+presque vu comme un signe de réussite.
+
+Au niveau du marché de l'emploi lui-même, **la "nouvelle économie" semble bien en
+peine de remplacer l'ancienne** ; pour **un emploi de programmeur**, on compte
+**trois emplois chez McDonald's** ... et **une dizaine d'emplois abrutissants en
+call-center**. Un tiers des emplois de l'économie américaine se répartit entre
+l'administratif, la vente, et l'alimentaire. Un très grand nombre d'emplois
+n'y demandent pas plus que le niveau bac, mais ils sont pour beaucoup occupés
+par des jeunes diplomés, qui par ricochet chassent les moins diplomés vers des
+**emplois encore moins qualifiés** ... voire le chômage. La menace de
+l'automatisation pèse aussi de plus en plus, en particulier sur les emplois
+de "bureau". Pour ceux qui disposent encore d'un travail, la part de temps
+consacré à celui-ci a **tendance à régulièrement augmenter**, la connexion
+permanente et la disposition à répondre aux demandes hors temps de travail étant
+désormais des pré-requis presque essentiels. Enfin se pose la
+question du sens même du travail accompli ; le malaise à ce sujet se mesure
+bien dans la vitesse à laquelle s'est popularisée l'expression de "**_bullshit job_**"
+("boulot à la con"). Nombreux ont été ceux qui se sont retrouvés dans cette
+expression pour qualifier leur propre poste, qu'ils estiment **inutile à la
+société**, voire carrément nuisible.
+
+Au niveau de la société dans son ensemble, la tendance est plutôt à l'affichage
+qu'à l'apprentissage et au désir de savoir. La peur de paraître bête entraîne
+la peur d'apprendre ; dans les entreprises comme dans les administrations
+publiques, l'information est en général assez aisément disponible, mais demandée a
+posteriori, quand il faut justifier telle ou telle décision, plutôt qu'a priori.
+**L'absence de prise de recul et l'ignorance volontaire se généralisent**.
+
+Ces constats pour le moins positifs se cristallisent dans un chiffre : en
+Californie, 16 milliards de dépense publique dans le domaine ont abouti à la
+cŕeation de seulement 19 000 emplois.
+Et s'il y a désormais quatre fois plus de diplômés qu'en 1970, les
+emplois n'ont pas suivi. Devant cet échec général et généralisé, et pour tenter
+de combler une frustration de la population qui semble encore plus inéluctable
+que lorsque le constat avait éte pour la première fois dressé, la seule
+solution trouvée pour l'instant semble être de **perpétuer le mythe** bien
+commode de la "société de la connaissance".